Kourou, du visible à l’invisible

Kourou, du visible à l’invisible

Les images d’un lanceur crachant des flammes à 3 000° et produisant un bruit proche des 190 dB sont connues de tous. Mais que se passe-t-il quelques heures avant et quelques minutes après ? Responsable des activités télémesure, Bruno Masson opère à Kourou et nous éclaire sur l’avant et l’après.

Le lanceur et son satellite sont un peu les stars d’un escalier sans tapis rouge dont les marches sont gravies, en accéléré, à quelques milliers de kilomètres/heure. Une vitesse telle qu’après seulement 10 minutes de vol, le contact télémesure avec la station Galliot du CSG avec le lanceur est perdu. « Des stations aval prennent alors le relais jusqu’à la séparation du satellite d’avec le lanceur. Notre mission télémesure est, donc, de suivre le lanceur tout au long de sa trajectoire. Pour cela un ensemble de stations télémesure sont disposées, en commençant par celle de Galliot au CSG à laquelle succèdent d’autres stations dites aval (Bermuda, Libreville…). Pour atteindre l’orbite géostationnaire qui se situe dans le plan équatorial, la trajectoire de la fusée est vers l’Est et la séparation du satellite se situe au-dessus de l’océan indien : dans ce cas, le temps de suivi d’une fusée Ariane 5 tout au long de sa trajectoire est d’une quarantaine de minutes. Quand les satellites sont positionnés sur une orbite polaire, la trajectoire de la fusée est vers le Nord, il peut y avoir plusieurs orbites et la mission de suivi post-allumage peut durer 3 ou 4h avant la séparation. » explique Bruno Masson.

De 2008 à 2013, celui-ci a piloté la télémesure pour Telespazio au CSG de Kourou où il est revenu en 2017 avec un périmètre de mission élargi, englobant notamment l’activité télécommande. « En amont de ce suivi, notre mission commence 6h avant le tir. Nous testons tout une dernière fois. Au centre spatial, notre mission est double : d’une part, nous effectuons le maintien en conditions opérationnelles (MCO) des installations télémesures via des maintenances préventives et correctives pour que le matériel soit apte à remplir ses missions en toutes circonstances.

D’autre part, nous opérons également ces systèmes pendant les chronologies de lancement. En premier lieu la télécommande, qui consiste, dans une liaison montante, à acheminer le moment venu en cas d’urgence, l’ordre de neutralisations du lanceur. Puis la télémesure, qui consiste, elle dans une liaison descendante, à recevoir les données du lanceur, les décommuter, les interpréter, les distribuer et les enregistrer. La particularité de cette dernière est de nécessiter une présence sur des sites un peu partout dans le monde. Cela peut être sur terre ou sur mer dans certains cas particuliers, sur une station navigable Ariane (SNA). Déployer la station navigable SNA représente 2 mois de travail environ, dont 1 mois de mer. « Pour cela, nous pouvons compter sur la grande capacité des collaborateurs à se mobiliser et à se déplacer, parfois dans des environnements complexes. Des équipes qui, en opérant parfois des matériels dont le fabricant n’assure plus le suivi, ont également développé une compétence pour réparer ces matériels. »